Un confrère de Balma m’a posé la question en mars, au padel, entre deux jeux : « toi, tu paies combien de logiciel ? » Il attendait un nombre à deux chiffres. Je lui ai donné le vrai : 2 950 € HT par mois au 1er janvier 2026, tout le poste, 35 400 € HT sur l’année, soit 7,8 % de mon chiffre d’affaires 2025. Et le logiciel proprement dit n’en représente pas le tiers.
En bref : ce que le secteur appelle « logiciel immobilier » recouvre en réalité six briques distinctes, facturées séparément, par des éditeurs différents, sur des unités différentes : le logiciel de transaction, le logiciel de gestion et de syndic, la passerelle de multidiffusion, la pige, la signature électronique et l’IA embarquée. Deux d’entre elles seulement sont imposées par un texte. Sur les pages tarifs relevées le 10 août 2026, la moitié des éditeurs cités sur la requête n’affiche aucun montant, et les fourchettes qui circulent sur le web viennent presque toutes d’acteurs qui vendent sur le marché qu’ils comparent.
La question de mon confrère est la bonne, mais elle est mal posée. Un logiciel de transaction ne se compare pas à un autre logiciel de transaction : il se compare à ce qu’il vous évite d’acheter à côté. Une passerelle de diffusion incluse dans l’abonnement déplace la facture de plusieurs centaines d’euros par mois. Une signature électronique se paie au volume de compromis, pas au nombre de collaborateurs, et ce détail-là suffit à inverser un classement.
Ce guide déroule les six briques dans l’ordre où une agence les rencontre. Pour chacune : ce qu’elle remplace, ce qu’elle s’ajoute, sur quelle unité elle se facture, et si l’éditeur publie ou non son prix. Les montants d’éditeurs qui suivent viennent d’un relevé fait le 10 août 2026 sur les pages tarifs publiques, pas d’une plaquette commerciale ni d’un comparatif tiers. Ceux qui portent mon nom sortent de mes propres factures négociées, avec leur date. Ce sont mes chiffres, ce ne sont pas les vôtres.
Ce que recouvre vraiment l’expression « logiciel immobilier »
Un logiciel immobilier n’est pas un produit, c’est un empilement de six briques qu’aucun éditeur ne vend en totalité. Le mot désigne, selon la personne qui le prononce, le fichier clients, le registre des mandats, la diffusion des annonces, le site de l’agence, ou les six à la fois.
Sur une facture d’agence de transaction et de gestion, le découpage tient en six lignes :
- le logiciel de transaction : biens, contacts, mandats, rapprochement acquéreurs, registre des mandats, comptes rendus de visite ;
- le logiciel de gestion locative et de syndic : quittancement, appels de charges, régularisation, assemblées générales, comptabilité de mandant ;
- la passerelle de multidiffusion : l’envoi automatique d’une annonce saisie une fois vers les portails et les réseaux ;
- la pige : le relevé quotidien des annonces de particuliers sur un secteur donné ;
- la signature électronique : mandats, compromis, baux, états des lieux ;
- l’IA embarquée : rédaction d’annonce, transcription, retouche, réponse aux avis.
Trois choses n’entrent pas dans cette liste, même quand un éditeur les vend dans le même pack : le site internet de l’agence, l’abonnement à un portail d’annonces et l’outil d’estimation. Elles se facturent à part et vivent sur d’autres lignes du compte d’exploitation.
L’empilement n’a pas toujours existé. Jean-Marc Delpuech, chez qui je suis entré comme négociateur en mars 2011, tenait son registre à la main et son fichier acquéreurs dans un classeur. Il vendait, et plutôt bien. Le logiciel s’est imposé quand les portails se sont multipliés, puis quand sont arrivées des pièces à conserver dix ans. La productivité, elle, n’a jamais rien décidé. Aujourd’hui, un dossier de vente traverse trois à quatre outils entre le mandat et l’acte, et chacun facture son passage.
Pourquoi le poste outils décide plus qu’on ne le croit
Le poste outils et diffusion est la troisième dépense d’une agence de six personnes, après la masse salariale et le loyer, et c’est la seule sur laquelle un dirigeant peut agir en quatre-vingt-dix jours. Chez moi, il pèse 7,8 % du chiffre d’affaires 2025. Un point de pourcentage, c’est 4 550 €.
Je ramène toujours ce poste à deux nombres, que je recalcule chaque mois de janvier. En 2025 : 96 mandats rentrés et 31 ventes, donc 369 € d’outils par mandat rentré et 1 142 € par vente. Ces deux nombres décident tout le reste. Un portail à 1 340 € HT par mois qui ne rentre pas trois mandats supplémentaires par mois ne se paie pas, et le débat sur ses fonctionnalités devient sans objet.
L’inverse coûte plus cher, et je l’ai payé. En février 2019, quatre mois après le rachat du fonds, j’ai signé sur un salon un pack logiciel et site web à 389 € HT par mois, trente-six mois d’engagement, deux mois de préavis, aucune résiliation anticipée. Je l’ai utilisé quatre mois avant de comprendre que la reprise de mes données ne se ferait jamais correctement. J’ai payé jusqu’en avril 2022. Environ 14 000 € pour quatre mois d’usage réel. Ce n’est pas le prix mensuel qui m’a coûté cher, c’est la durée que je n’avais pas lue.
Qui est concerné : tout titulaire de carte T ou G qui signe des contrats reconductibles tacitement, donc à peu près tout le monde. Les agents commerciaux rattachés à une enseigne le sont aussi, à travers la refacturation d’accès que leur mandant leur applique, et ils la découvrent souvent après coup. Le calcul complet du compte d’exploitation, ligne par ligne, appartient à ce que l’excédent brut d’exploitation d’une agence française laisse voir.
Le logiciel de transaction : d’abord un registre, ensuite un confort
Le logiciel de transaction est la seule brique qui porte une obligation réglementaire directe, et c’est par là qu’il faut le juger. L’article 72 du décret du 20 juillet 1972 impose que tous les mandats soient mentionnés par ordre chronologique sur un registre coté sans discontinuité, dont le numéro d’inscription est reporté sur l’exemplaire qui reste au mandant. Le même décret prévoit à son article 65 le registre des titulaires de carte G et S, et précise que ce registre « peut être tenu sous forme électronique dans les conditions prescrites par les articles 1365 et suivants du code civil ».
Quatre conséquences en découlent, dont trois n’apparaissent dans aucun comparatif :
- le registre conditionne votre rémunération avant votre confort : un mandat mal inscrit se plaide en nullité, et la jurisprudence trie entre ce qu’elle annule et ce qu’elle sauve ;
- la numérotation doit être continue : un logiciel qui laisse supprimer une ligne sans trace vous met en défaut ;
- la conservation court sur dix ans, ce qui fait du logiciel un lieu d’archivage autant qu’un outil de vente ;
- le rapprochement acquéreurs, les alertes et le pipeline commercial sont du confort, utile, mais qui ne pèse rien dans le contrôle.
Un exemple de ce que la brique produit vraiment. Ma vérification de mandats avant contrôle prenait une demi-journée quand le registre vivait dans un classeur chez mon prédécesseur ; elle prend vingt minutes depuis que la table est requêtable. Ce gain-là est mesurable. Celui que promettent les argumentaires sur le suivi commercial ne l’est pas, en tout cas pas chez moi.
L’erreur la plus fréquente que je vois chez des confrères : choisir sur la démonstration commerciale, qui montre toujours le tableau de bord et jamais l’export. Demandez à voir la sortie de vos données avant de voir l’entrée. Un éditeur qui hésite sur ce point vient de répondre à la question. La comparaison détaillée des quatre logiciels les plus cités du marché français vit dans le relevé de ce qui est vérifiable sans ouvrir de compte.
Le logiciel de gestion locative et de syndic : un autre métier, une autre facture
La gestion locative et la copropriété n’utilisent pas le logiciel de transaction avec des options en plus : elles utilisent un autre logiciel, chez un autre éditeur, avec une comptabilité de mandant qui n’a rien à voir. J’ai repris 74 lots en 2020 d’un confrère qui fermait, et c’est la découverte que j’ai faite le premier mois.
Cette brique porte quatre choses que la transaction ignore :
- la comptabilité par mandant, avec des fonds qui ne sont pas les vôtres et une garantie financière calée dessus ; la mienne est passée de 120 000 à 300 000 € en 2020 pour cette seule raison ;
- le quittancement et la révision annuelle, qui suivent des régimes distincts selon le bail et la zone, détaillés dans la séparation entre indexation, plafonnement et expérimentation ;
- la régularisation des charges et les pièces justificatives que le locataire peut venir consulter ;
- l’assemblée générale : convocation, feuille de présence, calcul de majorité, procès-verbal, notification.
Le point qui change tout depuis le décret sur la notification électronique, c’est que le logiciel de syndic est devenu le lieu où se prouve une notification. Le copropriétaire qui veut du papier doit désormais le réclamer, et c’est l’outil qui garde la trace de sa demande. La mécanique complète est dans le renversement opéré par le décret, et la séquence d’assemblée sans nullité dans le déroulé côté syndic.
L’erreur classique, et je l’ai faite : croire qu’un module de gestion greffé sur un logiciel de transaction suffit pour un portefeuille de moins de cent lots. Il suffit pour quittancer. Il ne suffit pas le jour où un locataire conteste une régularisation et où il faut ressortir trois exercices de charges avec leurs pièces. Le cadre commun aux deux mandats du métier est posé dans le mandat de gestion et le contrat type de syndic.
La multidiffusion : une passerelle qui ne remplace aucun portail
La passerelle de multidiffusion envoie une annonce saisie une fois vers plusieurs portails ; elle ne vous abonne à aucun d’eux. C’est écrit noir sur blanc par l’éditeur lui-même, et c’est la phrase que je n’ai jamais vue reprise dans un comparatif : la page tarifs d’Ubiflow précise que « les abonnements aux portails immobiliers payants ne sont pas commercialisés par Ubiflow ».
Autrement dit, la passerelle s’ajoute, elle ne remplace pas. Sur la grille publique relevée le 10 août 2026 :
| Offre Ubiflow | Prix affiché | Ce qui la distingue |
|---|---|---|
| Monodiffusion | 25 € HT/mois | une passerelle, par passerelle |
| Pack Initial | 45 € HT/mois | accès plateforme, rapport de diffusion |
| Pack Pro | 89 € HT/mois | 5 portails au choix, fiche d’établissement, 1 règle de priorité |
| Pack Expert | 119 € HT/mois | 10 portails, centralisation des contacts, tableau de bord |
Trois mentions comptent autant que les montants. Les prix sont annoncés hors taxes et hors frais d’installation. Ils s’entendent par point de vente, ce qui double la facture d’une agence à deux vitrines sans que rien ne change à son volume d’annonces. Et chaque ligne porte un astérisque d’engagement.
Le calcul réel se fait donc en additionnant. Rue de la Colombette, la multidiffusion est incluse dans l’abonnement au logiciel de transaction depuis mars 2021, ce qui est une raison de l’avoir choisi ; l’abonnement SeLoger, lui, est facturé à part, 1 340 € HT par mois. La passerelle ne coûte rien et le portail coûte quinze fois le Pack Pro. Comparer des passerelles entre elles pendant deux semaines revient à discuter du prix des essuie-glaces.
L’erreur fréquente : croire qu’ajouter des portails multiplie les contacts. Ce qu’on multiplie d’abord, c’est le coût fixe et le nombre d’endroits où une annonce périmée continue de vivre. Le comparatif des quatre grands portails et de leurs mesures d’audience contradictoires est dans ce que « premier portail de France » veut dire selon qui compte.
La pige : un fichier dont la valeur bascule le 11 août 2026
La pige relève chaque jour les annonces de particuliers sur un secteur, et sa valeur repose entièrement sur ce que vous avez le droit d’en faire. Cette valeur change demain.
L’article L. 223-1 du code de la consommation, réécrit par la loi du 30 juin 2025, entre en vigueur le 11 août 2026 dans une rédaction qui interdit « de démarcher par téléphone, directement ou par l’intermédiaire d’un tiers » un consommateur qui n’a pas préalablement consenti. Le consentement doit être libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable, par un acte positif clair. Deux phrases du texte méritent d’être lues deux fois : « il appartient au professionnel d’apporter la preuve que le consentement du consommateur a été recueilli », et « tout contrat conclu avec un consommateur à la suite d’un démarchage téléphonique réalisé en violation des dispositions du présent article est nul ».
Le risque se déplace donc du fichier vers le mandat lui-même. Jusqu’ici, le silence du particulier valait autorisation d’appeler ; à compter du 11 août 2026, il vaut interdiction. Un mandat signé au bout d’un appel non consenti devient attaquable.
Les grilles de pige, en revanche, n’ont pas bougé. Pige Online affichait le 10 août 2026 : 29 € par mois pour 20 codes postaux, 44 € pour 40 et 59 € pour 60, avec dix utilisateurs inclus dans les trois cas. Aucune mention de hors taxes ni de toutes taxes comprises, aucune durée d’engagement. Or l’unité de facturation est ici le code postal et non l’utilisateur : cette information manquante interdit de comparer la ligne à une autre sans décrocher son téléphone.
L’erreur que je vois arriver, et qui coûtera cher à quelqu’un : traiter le 11 août comme une formalité de conformité, alors que c’est une question de méthode commerciale. Les conséquences précises sont déroulées dans ce que la preuve du consentement déplace vers le mandat.
La signature électronique : l’enveloppe est l’unité qui compte
La signature électronique se facture à l’enveloppe, pas au collaborateur, et c’est le seul poste du métier dont le prix public soit lisible d’un bout à l’autre. Docusign affichait trois offres au 10 août 2026 : Personal à 9 € par mois pour un utilisateur et cinq enveloppes par mois, Standard à 23 € par mois et par utilisateur, Business Pro à 38 € par mois et par utilisateur, les deux dernières avec cent enveloppes par utilisateur et par an, jusqu’à cinquante utilisateurs. Au-delà, c’est un devis.
Faites le calcul avec votre propre volume avant de regarder le prix mensuel. Je fais passer environ quarante dossiers par mois en signature depuis mai 2020, mandats et avenants compris. Quarante par mois, c’est quatre cent quatre-vingts par an. Sur un quota de cent enveloppes par utilisateur et par an, il faut donc cinq accès pour couvrir mon volume, et le prix par utilisateur devient une donnée secondaire face au quota. Un confrère qui signe huit dossiers par mois n’a pas le même problème du tout.
L’erreur la plus répandue tient en un mot : niveau. Une signature simple, une signature avancée et une signature qualifiée n’ont pas la même valeur probante, et le niveau exigé n’est pas le même pour un mandat, pour un compromis et pour un acte reçu à distance. Ce que chaque acte réclame est détaillé dans la différence entre les trois niveaux du point de vue de la preuve.
L’IA embarquée : chronométrer la tâche avant d’acheter l’outil
L’IA embarquée dans les logiciels du métier rédige, transcrit et retouche correctement. Tout ce qui suppose de relancer un tiers, elle le fait beaucoup moins bien. Je le sais parce que je l’ai mesuré à mes dépens.
Été 2024, une collaboratrice part en congé maternité. Je laisse le poste vacant quatre mois, persuadé que les outils absorberont la charge administrative. Une partie a bien été absorbée, et elle est réelle : la rédaction d’une annonce est passée d’environ douze minutes à quatre. Le reste est resté entier. Relances de notaire, pièces manquantes, rendez-vous à caler : tout ça a fini sur mon bureau, le soir. J’ai recruté en novembre.
J’en tire trois règles, que je répète à chaque confrère qui m’annonce qu’il ne remplacera pas un départ :
- chronométrez la tâche avant de décider qu’un outil peut la reprendre ; sans le chiffre d’avant, il n’y a pas de gain, il y a une impression ;
- une tâche qui dépend d’un tiers ne s’automatise pas, elle se déplace ;
- rien ne part sans relecture humaine : j’ai laissé passer en juin 2024 une annonce générée qui promettait une « vue dégagée » sur un mur mitoyen, repérée par la vendeuse elle-même, qui l’a très mal pris.
Et depuis le 2 août 2026, il y a un cadre. L’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle est entré en application : il impose la transparence sur les contenus produits ou manipulés par IA, images comprises, avec un marquage lisible par machine qui incombe au fournisseur du système et une information lisible par un humain qui incombe à celui qui publie. Un sursis technique court jusqu’au 2 décembre 2026 pour le seul marquage machine des systèmes déjà sur le marché avant le 2 août. La ligne exacte entre les deux obligations est tracée dans ce qui relève du marquage et ce qui relève de la mention visible.
Avancé : lire le contrat d’abonnement plutôt que la plaquette
Si vous savez déjà ce que vous coûte un mandat rentré, votre marge de manœuvre n’est plus dans le choix de l’éditeur : elle est dans les quatre clauses que personne ne lit en démonstration.
La durée et le préavis. Un contrat de trente-six mois à 389 € HT vaut 14 004 € quoi qu’il arrive, et le rabais qui va avec ne compense jamais l’impossibilité de sortir. Depuis 2019, je refuse tout engagement au-delà de douze mois, quel que soit le prix proposé. Cette règle m’a fait rater de bonnes affaires. Je la garde.
Vient ensuite la clause dont personne ne parle en démonstration : la restitution des données. Demandez l’export avant l’import, avec son format, son périmètre, son coût et son délai. Un éditeur qui facture la sortie a construit une porte à sens unique.
Regardez aussi l’unité de facturation, qui n’est jamais la même d’un contrat à l’autre. Point de vente chez la passerelle, code postal chez la pige, enveloppe et utilisateur chez la signature, accès chez le logiciel. Quatre unités pour un même mois d’activité, et aucune ne se compare à une autre.
Reste le propriétaire de l’éditeur. Il change. Septeo a racheté Modelo en mars 2021 puis Netty en septembre 2021, d’après le récapitulatif publié le 24 mai 2022 par le Journal de l’Agence ; en août 2026, l’adresse netty.fr redirige vers modelo.fr, et la page tarifs qui s’y trouve n’affiche plus aucun montant. J’utilise ce logiciel depuis mars 2021 avec six accès. Il a changé de groupe, puis de nom, pendant que mon abonnement courait.
La précaution avant d’appliquer tout cela : ayez un rappel de préavis posé quatre-vingt-dix jours avant chaque échéance, sur chacun de vos contrats. J’en ai onze. Sans ce rappel, la renégociation n’a pas lieu, parce qu’on s’en souvient toujours trois semaines trop tard.
Ce que les éditeurs publient, et ce que les comparatifs rapportent
Sur le marché français du logiciel immobilier, publier son prix est l’exception. Le relevé du 10 août 2026 sur les pages tarifs publiques donne ceci.
Quatre éditeurs affichent un montant. Ubiflow publie sa grille complète, de 25 à 119 € HT par mois et par point de vente. Pige Online affiche 29, 44 et 59 € par mois selon le nombre de codes postaux. Docusign publie 9, 23 et 38 € par mois avec ses quotas d’enveloppes. WinImmobilier annonce son pack à partir de 27 € HT par mois et sa version en ligne à partir de 34,90 € HT, sans engagement.
Les autres n’affichent rien. Modelo renvoie vers un formulaire et promet un rappel par un conseiller. Adapt Immo propose une brochure par courriel ou une démonstration d’une heure. Yanport annonce un essai de quinze jours et renvoie chaque offre vers une page distincte. Apimo et Hektor ne donnent pas davantage de montant sur leur page publique.
Alors d’où sortent les fourchettes que vous lisez partout ? Le comparatif le plus fourni de la première page de résultats est publié par un éditeur de multidiffusion, et il attribue ses prix à d’autres comparateurs, jamais aux éditeurs eux-mêmes. La page la mieux placée sur la question « combien coûte un logiciel immobilier » est publiée par un réseau national de mandataires. Un troisième comparatif est signé par un éditeur de logiciel qui figure en première ligne de son propre tableau. Aucun de ces sites ne ment. Simplement, aucun n’est extérieur au marché qu’il classe.
D’où la règle que je m’applique depuis 2019 : un prix a un éditeur, une page et une date de relevé, ou il n’est pas un prix. Le relevé page par page est publié dans ce que les éditeurs et les portails affichent réellement. La question de la gratuité, elle, est traitée dans ce que couvrent les essais et ce qu’un titulaire de carte T ne peut pas confier à un tableur.

Par où commencer si vous reprenez le poste à zéro
Sortez vos douze dernières factures et rangez-les en six lignes, une par brique. C’est faisable ce soir, ça prend une demi-heure, et la moitié des dirigeants à qui je l’ai proposé ont découvert au moins un abonnement dont plus personne ne se servait.
Deuxième geste : divisez le total annuel par votre nombre de mandats rentrés, puis par votre nombre de ventes. Vous obtenez deux nombres. Ce sont les seuls avec lesquels une négociation d’échéance devient possible, parce qu’ils transforment une facture en question simple : combien de mandats rentrés pour la payer.
Troisième geste : posez dans votre agenda, pour chaque contrat, un rappel à quatre-vingt-dix jours avant l’échéance. C’est le geste qui rapporte le plus, et c’est aussi le plus ennuyeux, ce qui explique probablement pourquoi si peu de gens le font.
L’objection que j’entends chaque fois : « je n’ai pas le temps de tout reprendre ». Vous n’avez pas à tout reprendre. Vous avez à connaître deux nombres, et ils tiennent sur un coin de feuille.
Questions de lecteurs
Qu’est-ce qu’un logiciel immobilier, exactement ?
C’est un logiciel qui tient le fichier des biens, des contacts et des mandats d’une agence, et qui porte le registre des mandats exigé par le décret du 20 juillet 1972. Autour de ce noyau, les éditeurs ajoutent la diffusion des annonces, le site de l’agence, la gestion locative ou la signature, selon les packs. Aucun ne couvre les six briques du métier sans partenaire.
Combien coûte un logiciel immobilier par mois ?
Impossible à dire sans nommer l’éditeur, parce que la majorité de ceux qui pèsent sur le marché français ne publie aucun prix. Parmi ceux qui affichent, relevé du 10 août 2026 : WinImmobilier annonce à partir de 27 € HT par mois, Ubiflow facture sa multidiffusion de 25 à 119 € HT par mois et par point de vente. Les fourchettes de 30 à 150 € qui circulent viennent de comparateurs, pas d’éditeurs, et se citent comme telles.
Un logiciel de transaction suffit-il pour faire de la gestion locative ?
Non, sauf pour quittancer un très petit portefeuille. La gestion locative suppose une comptabilité de mandant, une régularisation de charges opposable et une garantie financière calée sur les fonds maniés, ce qu’un module greffé ne porte pas. J’ai repris 74 lots en 2020 et j’ai basculé sur un outil dédié la même année.
La multidiffusion remplace-t-elle l’abonnement aux portails ?
Non, elle s’y ajoute. La page tarifs d’Ubiflow le dit elle-même : les abonnements aux portails immobiliers payants ne sont pas commercialisés par la passerelle. Vous payez la passerelle pour envoyer, et le portail pour être vu.
Faut-il un logiciel pour tenir le registre des mandats ?
Non, le texte n’impose aucun logiciel : il impose un registre coté sans discontinuité, tenu par ordre chronologique, dont le numéro est reporté sur l’exemplaire du mandant. L’article 65 du décret précise que le registre peut être tenu sous forme électronique dans les conditions des articles 1365 et suivants du code civil. Un registre papier reste régulier ; c’est la conservation sur dix ans qui rend le papier pénible.
L’IA permet-elle vraiment de supprimer un poste administratif ?
Pas dans ce que j’ai mesuré. Sur mes annonces, la rédaction est passée d’environ douze minutes à quatre, ce qui est un gain réel ; les relances de notaire, les pièces manquantes et les rendez-vous à caler sont restés entiers. J’ai laissé un poste vacant quatre mois à l’été 2024 pour vérifier, et j’ai recruté en novembre.
Qu’est-ce qui change pour les outils en 2026 ?
Deux dates. Le 2 août 2026, l’article 50 du règlement européen sur l’IA est entré en application et impose de signaler les contenus générés, avec un sursis technique au 2 décembre 2026 pour le marquage machine des systèmes déjà en service. Le 11 août 2026, la nouvelle rédaction de l’article L. 223-1 du code de la consommation interdit l’appel téléphonique sans consentement préalable, ce qui touche directement l’usage des fichiers de pige.
Ce qu’il faut retenir avant de renégocier
Un poste outils ne se juge pas sur son prix mensuel mais sur son coût par mandat rentré, et ce nombre-là, personne d’autre que vous ne peut le calculer. Chez moi, il vaut 369 € en 2025. Le vôtre sera différent, et c’est précisément pour ça qu’aucun comparatif ne peut décider à votre place.
Ce qui bouge en ce moment. La concentration des éditeurs continue, et un logiciel choisi aujourd’hui peut changer de groupe et de nom pendant la durée de votre engagement, comme cela s’est produit sur le mien. Deux textes entrent en jeu à huit jours d’intervalle, le règlement européen sur l’IA le 2 août et le consentement au démarchage le 11 août 2026, et tous deux portent sur ce que vos outils produisent ou exploitent, pas sur les outils eux-mêmes. Le sursis de marquage machine tombera, lui, le 2 décembre 2026.
Le premier geste, si vous découvrez le sujet : sortez la facture, pas la plaquette.
Poursuivre la lecture
Le cadre du métier :
- Ce qu’il faut réunir pour ouvrir une agence immobilière
- Les obligations du titulaire de carte, du mandat à l’acte
- Les causes de nullité d’un mandat, mention par mention
Choisir ses outils :
- Comparatif des logiciels de transaction du marché français
- Comparatif des portails d’annonces immobilières
- Comparatif des outils d’estimation et de leurs bases
- Ce que recouvrent les logiciels immobiliers gratuits
Prix et contrats :
- Le relevé des tarifs publiés par les éditeurs du marché
- La rentabilité d’une agence et ce qui mange sa marge
- Le plan annoncé par SeLoger en janvier 2026
Conformité des outils :
- Signature simple, avancée ou qualifiée : ce qu’exige chaque acte
- Marquage et mention des visuels générés par IA
- Le consentement préalable au démarchage téléphonique
- Les pages obligatoires d’un site d’agence